Une génération a tout juste suffi pour que le développement durable pénètre dans les stratégies de certaines entreprises. Mais le décalage entre le concept, né dans les années 80, et la réalité opérationnelle des années 2000 est encore grand. Les efforts continus consentis par certaines entreprises ou institutions permettent néanmoins de combler en partie ce décalage au moment où le changement climatique devient très préoccupant.
Certains acteurs de l’économie romande s’affirment comme des leaders du
management durable avec des avancées significatives dans chacun des 3
piliers du développement durable. La bonne maîtrise du système de
management de la qualité selon ISO 9001,
préalable très utile à l’amélioration de la performance économique de
l’entreprise, a notamment permis d’intégrer une à une chacune des
composantes du développement durable. L’attention du management portée
à la santé et à la sécurité au travail a considérablement réduit les
primes d’assurances (2 Mio CHF/an), tout en limitant les risques et
l’absentéisme. Les choix stratégiques dans le domaine de
l’environnement ont également conduit à abaisser les émissions de gaz à
effet de serre de 46%. Finalement, l’écoute des parties prenantes
(clients, fournisseurs, collaborateurs, riverains) semble satisfaire
toujours davantage leurs attentes tout en améliorant l’image de
l’entreprise. Le retour sur investissement est donc loin d’être aussi
maigre que ce que l’on pourrait croire puisque le coût du management
durable s’élève à moins de 0.5% du CA de l’entreprise pour qui le
développement durable constitue aussi une réelle opportunité de
différenciation des offres concurrentes dans la perspective de
l’ouverture du marché de l’approvisionnement énergétique.
L’amélioration
continue des performances de management intégré est donc grandement
facilitée par la mise en place de référentiels de management calqués
sur ISO 9001 et compatibles les uns avec les
autres. Ceux-ci permettent en effet de vérifier la conformité de
l’organisation et des processus de l’entreprise avec leurs exigences
spécifiques, qu’il s’agisse de la responsabilité sociale ou de
l’environnement. L’évaluation des fournisseurs conformément à la
politique de l’entreprise et aux recommandations de l’Organisation
Internationale du travail (OIT) est par exemple un critère de prime
importance pour obtenir le certificat SA 8000,
seul référentiel susceptible d’être certifié dans le domaine de la
responsabilité sociale des entreprises. Le système de management
environnemental prôné par ISO 14001 permet
quant à lui de réduire les impacts des activités de l’entreprise sur
l’environnement à travers une revue périodique des objectifs de
l’entreprise. Cette caractéristique de management simple et efficace
ferait de la certification selon ce standard la porte d’entrée vers le
développement durable.
En complément de la série 14000 de
normes relatives au management de la qualité et de l’environnement, ISO
a publié deux nouveaux référentiels: ISO 26000
pour la Responsabilité sociale, ISO 14064 pour
la comptabilisation des gaz à effet de serre.
Ces référentiels
de management fixent une série d’exigences et de recommandations pour
les entreprises/institutions qui souhaitent en profiter. Ils
constituent donc au niveau local un véritable guide de développement,
de mise en œuvre et de suivi des meilleures solutions en regard des
enjeux globaux liés à leur développement économique. La certification
de leur système de management selon ces référentiels constitue la
meilleure garantie d’harmoniser un ensemble de dispositions locales
dont l’impact collectif est global.
Depuis mars 2006, le
référentiel ISO 14001 peut faire l’objet d’un
approfondissement à travers le tout récent standard ISO
14064, auquel le WBCSD (World Business Council for
Sustainable Development) a participé dans le cadre de la mise en place
du protocole mondial sur les gaz à effet de serre. Ce standard trace
les lignes directrices pour la déclaration et la comptabilisation des
émissions de gaz à effet de serre, responsables du changement
climatique. Ce standard constitue une avancée majeure dans le
management environnemental des entreprises pour mesurer et inverser la
croissance exponentielle des émissions de gaz à effet de serre liées à
un mode de vie dont on sait qu’il n’est non seulement pas durable mais
encore moins exportable dans les pays en fort développement économique.
Car selon l’introduction qui en est donnée : « Les changements
climatiques ont été identifiés comme l’un des plus grands défis
auxquels les nations, les gouvernements, les entreprises et les
citoyens vont être confrontés au cours des décennies à venir ». Si bien
que l’Union européenne a mis en place en janvier 2005 une bourse
d’échange de CO2 à laquelle sont assujettis 12'000 sites industriels.
La Suisse n’est pas en reste avec l’incorporation imminente de 600
entreprises dans le dispositif de régulation des émissions de CO2 et
des autres gaz à effet de serre, dont l’objectif est de réduire par 4
les émissions des pays industrialisés d’ici 2050. Challenge Optimum
concourt à réduire sa « facture climatique » par la mise en place de
son plan de déplacements d’entreprise. En s’appliquant à elle-même ses
propres outils de comptabilisation elle a ainsi pu réduire de 40% ses
émissions de gaz à effet de serre entre 2005 et 2006 pour le poste qui
concerne le transport de son personnel.
Les référentiels de
développement durable existent donc bel et bien et sont les garants de
l’harmonisation des efforts des entreprises à l’échelle globale.
L’empreinte socio-écologique a désormais un coût et tout l’enjeu des
prochaines années sera de faire passer le développement durable de
l’état de concept à une réalité quotidienne par les trois éléments clés
suivants :
1- un choix judicieux de projets
d’entreprise porteurs d’améliorations visibles par tou-te-s (ex.
approvisionnement, déplacements d’entreprise, performance climatique
des installations et des bâtiments, …),
2- le management et le suivi sur le long terme de la performance sociétale grâce aux référentiels accrédités ainsi que par
3-
un relais de connaissances alimenté par l’ensemble des acteurs du
changement (Etat, communes, entreprises, universités, associations).
Appliqués
à la sauvegarde de notre patrimoine, les mots du romancier italien G.
Lampedusa sont aujourd’hui plus vrais que jamais « Il faut que tout
change pour que tout reste pareil »
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